Article publié dans la catégorie Conseils du médecin par la Maison de Santé de Formerie — Dr HADJ MAHFOUD, médecin généraliste à Formerie (60220).

Conseils du médecin

Médecine fonctionnelle : ce que ça coûte vraiment, et ce que la Sécurité sociale rembourse

Dr HADJ MAHFOUD17 juillet 202624 min de lecture

Médecine fonctionnelle : prix, remboursement et vrai coût

Vous avez le numéro sous les yeux. Le prix de la consultation de médecine fonctionnelle vous a été annoncé au téléphone, quelque part entre 150 et 300 €, et votre doigt reste au-dessus du bouton d'appel. Ce n'est pas le symptôme qui vous arrête. C'est le montant.

Si vous regardez de ce côté, c'est rarement par curiosité. C'est souvent parce qu'on vous a donné douze minutes ailleurs, et un « tout va bien » posé sur un bilan normal. Une heure trente à deux heures trente pendant lesquelles quelqu'un reprend votre fatigue, votre digestion et votre sommeil depuis le début, ça n'a rien d'irrationnel.

La peur n'est pas que ce soit faux. Sur le forum de l'UFC-Que Choisir, un patient la formule mieux que n'importe quelle étude : « on se sent ainsi un peu floué/arnaqué ». La peur, c'est de payer très cher pour retomber de haut une fois de plus.

Ce texte raconte trois choses : ce que ce parcours coûte au total, ce que la Sécurité sociale rembourse et pourquoi si peu, et ce que les textes prévoient sur le tarif.

Cette dernière question, tout le monde la pose. Personne n'y répond.

L'essentiel en 30 secondes

  • Non, la médecine fonctionnelle n'est pas remboursée en tant que telle. Ce n'est pas une spécialité reconnue en France, et un DU n'ouvre droit à aucune qualification. Sans qualification, aucune ligne à la nomenclature.
  • Si le praticien est un médecin conventionné, seule la consultation de base peut être remboursée : 70 % de 30 €, moins 2 € de participation forfaitaire, soit 19 € effectivement versés. Le reste est un dépassement.
  • Le vrai poste de dépense n'est pas la consultation, ce sont les bilans. Un test IgG coûte de 30 à 500 €, une analyse de microbiote environ 200 €, et aucun des deux n'est remboursé, ni par la Sécu, ni par un forfait médecines douces.
  • Une information écrite est obligatoire dès 70 € d'honoraires, et le seuil s'apprécie en incluant les actes des consultations ultérieures qui ne peuvent pas être dissociés de l'acte initial. Le deuxième rendez-vous annoncé comme nécessaire a donc vocation à être chiffré dès le départ.
  • Deux consultations à 220 € plus un test IgG à 300 €, cela fait 740 € engagés pour 38 € remboursés. Environ 5 %.

La médecine fonctionnelle est-elle remboursée par la Sécurité sociale ?

Non. La médecine fonctionnelle n'est pas reconnue comme spécialité en France : l'Assurance Maladie ne rembourse pas ces consultations à ce titre. Si le praticien est un médecin conventionné, seule la consultation de base est prise en charge, soit 70 % de 30 €, moins 2 € de participation forfaitaire : 19 € effectivement remboursés. Les bilans et le dépassement restent à votre charge.

Ce qui est remboursé, ce n'est donc pas une discipline. C'est un médecin qui consulte. Le calcul se déroule ainsi :

Ces 2 € méritent qu'on s'y arrête, parce que personne ne les compte. Ils sont plafonnés à 50 € par an et par personne, et surtout, votre complémentaire n'a pas le droit de vous les rembourser : les contrats responsables l'interdisent. Ils sortent de votre poche, toujours.

Si vous lisez ailleurs un remboursement de 17,50 €, ce calcul repose sur l'ancienne base de 25 €.

Combien coûte vraiment un parcours de médecine fonctionnelle ?

La consultation n'est pas la dépense. C'est le ticket d'entrée.

Une précaution avant le tableau. Il n'existe aucun observatoire, aucune étude et aucun tarif de référence pour ces consultations. Les fourchettes qui suivent sont relevées sur les sites de praticiens et sur les tarifs publics des laboratoires. Ce sont des ordres de grandeur, pas des statistiques.

PosteFourchette observéeRemboursé par l'Assurance Maladie ?Ce qui apparaît sur votre feuille de soins
Première consultation (1 h 30 à 2 h 30)150 à 300 €Seulement si elle est facturée comme une consultation conventionnée : 19 € versés (70 % de 30 €, moins 2 €)Souvent le tarif conventionné, 30 €, pas le prix payé
Seconde consultation, interprétation des résultats150 à 300 €Idem, 19 € si facturée comme consultation conventionnéeIdem
Test d'intolérances alimentaires IgG30 à 500 €Non, hors nomenclatureN'y figure pas
Analyse du microbiote intestinalenviron 200 € (199 € affichés + frais d'envoi)Non, hors nomenclatureN'y figure pas
Bilan biologique classique (NFS, TSH, ferritine)tarif conventionnéOui, s'il est prescrit et inscrit à la nomenclatureOui
Compléments alimentaires du protocolevariable selon le protocoleNonN'y figurent pas

Faites l'addition sur un parcours ordinaire. Deux consultations à 220 €, un tarif situé au milieu de la fourchette observée, plus un test d'intolérances alimentaires à 300 €. Cela fait 740 € engagés, et 38 € remboursés si les deux consultations sont facturées au tarif conventionné. Environ 5 %. Votre mutuelle peut ajouter le ticket modérateur, soit 9 € par consultation, et une part du dépassement si votre contrat le prévoit. Les bilans, eux, ne sont pris en charge par aucune des deux.

Lisez la dernière colonne. Ce que vous payez et ce que l'Assurance Maladie voit ne sont pas le même montant, et les bilans n'y figurent pas du tout. Nous y revenons plus bas, parce que c'est là que se joue l'essentiel.

Un point de comparaison, sans commentaire : une consultation de gériatrie conventionnée est à 42 € depuis le 1er juillet 2025, et elle est remboursée. Dans le même registre, les dépistages organisés, eux, sont gratuits et à bénéfice mesuré.

Pourquoi la médecine fonctionnelle n'est-elle pas remboursée ?

La réponse n'est pas un avis sur la valeur de cette approche. C'est de la plomberie administrative, et elle se suit tuyau par tuyau.

  1. La médecine fonctionnelle s'apprend en DU, en DIU ou en formation privée.
  2. Or un DU ou un DIU n'ouvre droit à aucune qualification ordinale.
  3. Sans qualification, aucune ligne à la nomenclature. Sans ligne à la nomenclature, rien à rembourser.

Le deuxième maillon est le seul qui compte, et le Conseil national de l'Ordre des médecins l'écrit noir sur blanc.

« La possession d'un DU ou DIU n'ouvre pas droit à une qualification, quelles que soient la durée et la valeur de la formation. » Les règles de l'Ordre sur les titres autorisés, articles 79, 80 et 81 du code de déontologie.

Remarquez ce que cette chaîne ne dit pas. Elle ne dit pas que la médecine fonctionnelle est fausse. Elle dit qu'aucun tuyau ne mène de sa formation à la nomenclature.

Conséquence pratique : il n'existe pas de praticien « certifié » en médecine fonctionnelle. Ce qui compte, c'est le diplôme d'origine et l'inscription à l'Ordre.

Qu'est-ce que la médecine fonctionnelle, et qui la pratique ?

C'est une approche qui cherche les causes en amont des symptômes plutôt que le symptôme seul : consultation longue, bilans étendus, protocoles d'hygiène de vie et de compléments. Elle est née aux États-Unis au début des années 1990, autour de Jeffrey Bland et de l'Institute for Functional Medicine. Micronutrition, nutrithérapie, naturopathie, médecine intégrative sont des mots voisins, sans définition légale commune, souvent employés par les mêmes praticiens.

Le fait qui compte est ailleurs : « médecine fonctionnelle » n'est pas un titre protégé. Seul « médecin » l'est. Sur une recherche « médecine fonctionnelle » dans une grande ville, une part des praticiens qui ressortent sont naturopathes ou consultants en micronutrition, pas médecins inscrits à l'Ordre.

Cela change deux choses concrètes. S'il n'est pas médecin, il n'y a aucune feuille de soins et zéro euro remboursé, jamais. Et en cas de litige, le recours ordinal n'existe pas non plus.

Vérifier en deux minutes

L'annuaire public du Conseil national de l'Ordre des médecins est en accès libre. Un nom, un département, et vous savez si la personne est médecin et quel est son diplôme d'origine.

Faut-il plutôt demander quel est le secteur de conventionnement du praticien ?

La question « la médecine fonctionnelle est-elle remboursée » n'a pas de réponse utile, parce qu'elle porte sur la discipline. Ce qui détermine votre remboursement, ce n'est pas la discipline. C'est le statut de la personne en face de vous.

Statut du praticienCe que vous payezCe qui vous est remboursé
Médecin secteur 1Le tarif conventionné, sans dépassement libre (hors exigence particulière de votre part ou dépassement exceptionnel)19 € versés sur une base de 30 €
Médecin secteur 2Des honoraires libres, encadrés par le tact et mesure. C'est le cas le plus fréquent ici19 € versés, le dépassement restant à votre charge ou à celle de votre contrat
Médecin non conventionnéDes honoraires libres, sans convention avec l'Assurance MaladieUn remboursement sur une base d'autorité dérisoire, en pratique quasi nul
Praticien non-médecinLa totalitéAucune feuille de soins, zéro euro

Cette information est publique. Elle figure sur l'annuaire santé de l'Assurance Maladie, et elle se demande au téléphone en une phrase.

Un deuxième rendez-vous obligatoire à 200 €, que prévoient les textes ?

« Ces pratiques sont-elles légales ? Les prix ne sont-ils pas théoriquement plafonnés ? Le deuxième rendez-vous, obligatoire, à ce prix-là, est-il légal ? » Un patient sur le forum de l'UFC-Que Choisir, après 200 € de premier rendez-vous d'état des lieux et 200 € de second rendez-vous présenté comme obligatoire. Soit 400 €.

La seule réponse qu'il a reçue de la communauté : « tout cela paraît étrange, contactez votre CPAM ou l'Ordre. » Personne ne lui a répondu. Voici ce que prévoient les textes.

Les prix sont-ils plafonnés ? Non. En secteur 2, les honoraires sont libres. Libres ne veut pas dire sans règle. Le texte du code de la santé publique impose qu'ils soient déterminés « avec tact et mesure, en tenant compte de la réglementation en vigueur, des actes dispensés ou de circonstances particulières ». L'article 53 du code de déontologie précise que le médecin doit être en mesure d'en justifier le montant en cas de procédure disciplinaire, et qu'il peut invoquer le temps passé, la complexité de l'acte ou sa notoriété. Disons-le nous-mêmes : une consultation de deux heures trente est un argument de temps passé recevable. Autre règle du même texte, les honoraires ne peuvent être réclamés que pour des actes réellement effectués.

L'information écrite. C'est le point que personne ne cite.

« Depuis le 1er février 2009, en cas de dépassement d'honoraires, une information écrite préalable doit être remise au patient dès lors que le montant des honoraires facturés est égal ou supérieur à 70 €. » Arrêté du 2 octobre 2008, repris par l'Assurance Maladie.

Cette information doit comporter le descriptif des actes et prestations, le montant des honoraires, et le cas échéant le montant pris en charge par l'Assurance Maladie. Voici le détail de ce que doit contenir cette information.

Et voici le maillon décisif. Le seuil de 70 € s'apprécie en incluant les actes à réaliser lors de consultations ultérieures qui ne peuvent pas être dissociés de l'acte initial. Si le professionnel prescrit un acte réalisé lors d'une consultation ultérieure, il doit informer le patient de ses honoraires même sous le seuil de 70 €.

Autrement dit, un protocole présenté d'emblée comme nécessitant deux rendez-vous, le second servant à interpréter les résultats du premier, décrit assez précisément des actes ultérieurs non dissociables de l'acte initial. Ce que les textes prévoient dans ce cas, c'est une information écrite portant sur l'ensemble.

Deux droits concrets s'ajoutent à cela : aucun mode de paiement ne peut vous être imposé, et un reçu ne peut pas vous être refusé pour les sommes perçues. Un médecin qui présente son activité sur un site internet doit y faire figurer ses honoraires et ses modes de paiement.

Si vous voulez aller plus loin, deux voies existent : la conciliation auprès du conseil départemental de l'Ordre, et le signalement à votre CPAM. Le directeur de la CNAM peut prononcer des pénalités financières pour abus d'honoraires contraires au tact et mesure, et les manquements relèvent aussi de la juridiction disciplinaire. Ce sont des voies qui existent. Aucune ne garantit une issue, et cet article n'est pas un conseil juridique.

Pourquoi le prix payé n'apparaît-il pas sur votre feuille de soins ?

Le médecin a envoyé une feuille de soins « indiquant un montant de seulement 25 euros comme étant une consultation de médecine générale classique conventionnée, et non du prix réellement payé ». Le même patient, à propos d'une consultation facturée 200 €.

La mécanique est simple, et elle n'a rien d'obscur. Une feuille de soins décrit un acte de la nomenclature. La médecine fonctionnelle n'a pas de code. Ce qui est transmis à l'Assurance Maladie est donc le code de l'acte le plus proche qui existe, avec le montant qui l'accompagne. La différence entre les deux montants ne disparaît pas pour autant : elle porte un nom, c'est un dépassement, et un dépassement se déclare.

Pour vous, la conséquence est directe. Votre mutuelle lit la feuille de soins. Elle ne voit pas les 200 €. Le montant déclaré est la seule chose que le système voit, et donc la seule chose qu'une complémentaire peut prendre en charge, même si votre contrat comporte un forfait.

D'où une question à poser, plutôt qu'une conclusion à tirer : sur quelle base la consultation sera-t-elle facturée sur ma feuille de soins ?

Votre mutuelle rembourse-t-elle la médecine fonctionnelle ?

Vous trouverez ailleurs des classements de mutuelles et des pourcentages précis. Nous ne les reprendrons pas : ces pages sont publiées par des comparateurs rémunérés à la mise en relation, et leurs chiffres ne sont pas vérifiables. Voici ce qu'on peut dire avec certitude.

Les forfaits « médecines douces » couvrent des disciplines nommément listées à votre contrat : ostéopathie, acupuncture, chiropraxie, naturopathie. La médecine fonctionnelle n'y est presque jamais nommée. Lisez le nom exact de la discipline dans votre tableau de garanties, pas la catégorie.

Le fait le plus utile de cette section tient en une ligne : un forfait médecines douces rembourse des séances, pas des analyses. Les bilans hors nomenclature n'en relèvent donc d'aucune façon. Votre poste de dépense principal n'est couvert ni par la Sécu, ni par votre mutuelle.

Ce que votre complémentaire peut réellement faire, si la consultation est facturée comme une consultation conventionnée : prendre en charge le ticket modérateur, soit 9 €, et selon le contrat une part du dépassement. Pas les 2 € de participation forfaitaire, jamais.

Ce qu'il faut vérifier dans votre contrat

  • Le nom exact de la discipline listée, pas l'intitulé de la catégorie.
  • Ce que couvre le forfait : des séances, ou des analyses ?
  • Le plafond annuel et le nombre de séances, souvent plus bas que le premier chiffre affiché.

Les bilans sont-ils le vrai poste de dépense ?

Si vous ne deviez retenir qu'une chose de cet article, ce serait celle-ci : vous n'achetez pas une consultation, vous achetez l'accès à une prescription.

Ce blog ne vend ni consultation, ni bilan, ni complément. C'est la seule raison pour laquelle ce qui suit peut être écrit ainsi. Aucune des lignes qui viennent ne dit « c'est faux ». Elles disent jusqu'où va la preuve, et qui paie. Sur ce point, les protocoles de jeûne suivent exactement le même parcours de preuve.

Les tests d'intolérances alimentaires IgG valent-ils leur prix ?

Le point technique désamorce presque tout : les IgG ne sont pas les IgE. Les allergies alimentaires passent par les IgE. Un taux d'IgG traduit une exposition antérieure à un aliment, autrement dit le fait que vous l'ayez mangé. Pas une réaction, pas une intolérance.

Les dosages d'IgG anti-aliments « ne doivent plus être réalisés en routine » pour poser un diagnostic d'intolérance ou d'allergie IgG-médiée, ni pour instaurer un régime d'éviction. Leur usage est réservé à la recherche. La position de la Société française d'allergologie, 2018.

Le motif est concret : une mauvaise valeur prédictive positive. La même société savante écrit que les recommandations fondées sur ces dosages « sont susceptibles de mettre les patients en danger, en retardant parfois le bon diagnostic » ou en faisant suivre un régime d'éviction le plus souvent inutile et parfois néfaste. Le vrai risque n'est pas le prix. C'est le retard au bon diagnostic.

La position de la SNFGE est de même nature : ces tests « n'ont aucun intérêt clinique », « ne doivent pas être prescrits par les médecins » et n'ont « pas de place dans la démarche diagnostique ». Les académies française, européenne, américaine et australienne d'allergologie s'accordent pour les juger inutiles au diagnostic d'allergie ou d'intolérance alimentaire.

Prix : 30 à 500 € selon le nombre d'aliments testés. Non remboursés.

Que valent les analyses de microbiote vendues en consultation ?

Un kit d'analyse du microbiote intestinal est affiché à 199 € TTC, plus 4,95 € de frais d'envoi, sur le site d'un laboratoire français. Non remboursé.

En novembre 2025, le groupe de travail MicMaC de la Société Française de Microbiologie a publié dans la revue Gut (Pichon et al., 2025) un travail dont le principe tient en une phrase : un même échantillon de selles standardisé a été envoyé aux offres d'analyse accessibles au public. Les résultats et les interprétations se sont révélés très variables d'une offre à l'autre. La SFM en conclut que ces analyses sont non reproductibles et sans utilité clinique, et demande aux autorités de réguler ces pratiques. Son communiqué du 12 novembre 2025 est intitulé « De l'espoir à l'arnaque : les tests Microbiotes en libre accès ». Le mot est le leur.

Le problème n'est pas philosophique. Le même tube ne donne pas la même réponse selon l'endroit où on l'envoie.

Une nuance qui compte, parce qu'elle est vraie : la recherche sur le microbiote est un champ scientifique réel et actif. Ce que la SFM met en cause, ce n'est pas le microbiote. Ce sont les offres commerciales d'analyse vendues au public.

Et les bilans classiques, TSH, ferritine, NFS ?

Une part des examens prescrits en consultation de médecine fonctionnelle sont des examens classiques inscrits à la nomenclature : NFS, TSH, ferritine, glycémie. Ceux-là sont prescrits, remboursés et interprétables comme n'importe quel bilan. C'est la partie de la facture qui ne pose aucun problème.

Là où ça se complique, ce n'est pas le dosage qui change, c'est la norme qu'on lui applique. Une TSH jugée normale par le laboratoire peut être présentée comme « non optimale » en consultation. Ce n'est pas un détail, et la question de la TSH dite optimale mérite un article à elle seule.

Après 65 ans, que devient un protocole de douze compléments ?

Tout ce qui précède vaut à 40 ans comme à 70. À partir d'ici, non.

Prenons un patient de 70 ans. Il a une chance sur deux d'être déjà en situation de polymédication, c'est-à-dire de recevoir plus de cinq médicaments délivrés au moins trois fois dans l'année. 14 % des 65 ans et plus en reçoivent plus de dix. Ce sont les chiffres de l'Assurance Maladie sur la prévention du risque iatrogénique.

On lui ajoute douze compléments. Chaque produit ajouté augmente de 12 à 28 % la probabilité d'un effet indésirable, et l'exposition à des associations contre-indiquées multiplie par environ 2,5 le risque d'hospitalisation en urgence.

Mettons que parmi ces douze, il y ait du curcuma. L'avis de l'ANSES du 27 juin 2022 déconseille les compléments à base de curcuma, sans avis médical, aux personnes traitées par anticoagulants, anticancéreux ou immunosuppresseurs. L'agence avait alors reçu 120 signalements d'effets indésirables, dont 15 cas d'hépatites, l'hépatotoxicité étant surtout associée aux formulations à biodisponibilité augmentée.

Et voici le point que personne ne voit venir. Aucun de ces douze produits n'apparaît sur son ordonnance. Donc aucun n'entre dans son dossier pharmaceutique. Donc son pharmacien, qui détecterait l'interaction en trois secondes, ne sait pas qu'ils existent. Le système de détection des interactions médicamenteuses, en France, s'appuie sur ce qui est prescrit et délivré. Ce qui est acheté à côté est invisible. C'est exactement ce que devient une ordonnance quand les compléments s'y ajoutent sans y figurer.

L'ANSES a un mot pour cet empilement : la polysupplémentation, qu'elle désigne comme facteur de risque majeur, par analogie explicite avec la polymédication du sujet âgé. C'est l'agence qui fait le rapprochement, pas nous.

Rien de tout cela n'est une raison de ne rien prendre. C'est une raison pour que la liste complète circule.

Ce que votre pharmacien peut faire gratuitement

Il tient votre dossier pharmaceutique. Apportez-lui la liste des compléments, boîtes comprises, avec les dosages. Il croise en quelques secondes ce que vous prenez avec ce qui vous est prescrit. C'est le point de contrôle le moins cher et le plus rapide du système, et il ne coûte rien.

À quelles conditions cette consultation peut-elle valoir son prix ?

Vous venez de lire un article qui chiffre, qui cite des textes et qui refuse des chiffres. Il serait malhonnête de le terminer sur « n'y allez pas », parce que ce n'est pas ce que ces sources disent.

Une heure trente à deux heures trente d'écoute quand on a eu douze minutes ailleurs, ça n'a rien d'irrationnel. Une anamnèse longue, une revue complète du sommeil, de l'alimentation, du stress : rien là-dedans n'est contraire à la médecine. C'est même ce qu'elle voudrait avoir le temps de faire. Le problème n'a jamais été l'écoute. Le problème est ce qu'on facture autour.

Le critère de partage est une balance à deux plateaux.

Une consultation longue et chère qui aboutit à un bilan conventionnel bien conduit et à deux conseils applicables peut valoir son prix. Une consultation longue et chère qui aboutit à 500 € de tests IgG et à douze flacons, beaucoup moins.

Trois conditions font pencher la balance du bon côté :

  1. Le praticien est médecin, inscrit à l'Ordre, et vous connaissez son secteur.
  2. Le montant total, deuxième rendez-vous compris, vous a été donné par écrit avant de commencer.
  3. Ce qui en sort est transmis à votre médecin traitant, qui a votre dossier et vos traitements, et rien n'est ajouté à votre ordonnance en dehors de lui.

Quelles questions poser à votre médecin ?

Ces questions sont faites pour être lues à voix haute. Elles se posent avant le rendez-vous, souvent au téléphone, et c'est le meilleur moment. Chacune s'appuie sur un texte : ce ne sont pas des conseils de bon sens, ce sont des droits.

  1. « Quel est le montant total, en incluant la deuxième consultation ? » L'information écrite est obligatoire dès 70 €, et le seuil s'apprécie en incluant les actes des consultations ultérieures non dissociables de l'acte initial.
  2. « Puis-je avoir cette information par écrit avant le rendez-vous ? » L'information écrite préalable doit comporter le descriptif des actes, le montant des honoraires et le montant pris en charge.
  3. « Sur quelle base la consultation sera-t-elle facturée sur ma feuille de soins ? » C'est ce que verra votre mutuelle, et c'est la seule chose qu'elle verra.
  4. « Êtes-vous conventionné, et en secteur 1 ou 2 ? » C'est ça qui détermine votre remboursement, pas la discipline.
  5. « Quels tests allez-vous prescrire, combien coûtent-ils, et lesquels sont remboursés ? » C'est le vrai poste de dépense, pas la consultation.
  6. « Ce test est-il recommandé par une société savante ? » Pour les IgG, la SFA et la SNFGE ont tranché. Pour les analyses de microbiote grand public, la SFM aussi.
  7. « Les compléments proposés sont-ils compatibles avec mon traitement en cours ? » À poser impérativement au-delà de 65 ans ou sous anticoagulant, et à croiser avec votre pharmacien, qui tient le dossier pharmaceutique.

Et deux choses que vous n'avez pas à demander, parce qu'elles vous sont dues : aucun mode de paiement ne peut vous être imposé, et un reçu ne peut pas vous être refusé.

Ces sept questions ne servent pas à renoncer. Elles servent à savoir ce que vous achetez. Imprimez-les et emportez-les.

Questions fréquentes sur le prix et le remboursement de la médecine fonctionnelle

Combien coûte une consultation de médecine fonctionnelle ?

Les tarifs relevés sur les sites de praticiens s'échelonnent de 150 à 300 € pour une première consultation de 1 h 30 à 2 h 30. Il n'existe ni tarif de référence, ni observatoire, ni moyenne officielle : méfiez-vous des chiffres présentés comme des statistiques. Un second rendez-vous d'interprétation, souvent présenté comme nécessaire, est facturé au même ordre de prix.

Ma mutuelle rembourse-t-elle la médecine fonctionnelle ?

Rarement, et jamais les bilans. Les forfaits médecines douces couvrent des disciplines nommément listées à votre contrat, et la médecine fonctionnelle n'y figure presque jamais. Surtout, ces forfaits remboursent des séances, pas des analyses : un test IgG ou une analyse de microbiote n'en relève pas. Lisez le nom exact de la discipline dans votre tableau de garanties.

Existe-t-il un diplôme reconnu en médecine fonctionnelle ?

Il n'existe pas de qualification en médecine fonctionnelle en France. Elle s'apprend en DU, DIU ou formation privée, et le Conseil national de l'Ordre des médecins précise qu'un DU ou DIU n'ouvre pas droit à une qualification, quelles que soient la durée et la valeur de la formation. Ce qui compte reste le diplôme d'origine du praticien et son inscription à l'Ordre.

Les tests d'intolérances alimentaires IgG sont-ils fiables ?

La Société française d'allergologie a établi en 2018 que les dosages d'IgG anti-aliments ne doivent plus être réalisés en routine, leur usage étant réservé à la recherche. La SNFGE ajoute qu'ils n'ont aucune utilité clinique et ne doivent pas être prescrits. Un taux d'IgG traduit une exposition antérieure à un aliment, pas une réaction. Coût : 30 à 500 €, non remboursés.

Est-il légal de facturer 200 € une consultation ?

En secteur 2, les honoraires sont libres. Libres ne veut pas dire sans règle : ils doivent être déterminés avec tact et mesure, et le médecin doit être en mesure d'en justifier le montant, notamment par le temps passé. Une information écrite est obligatoire dès 70 € d'honoraires. Cet article décrit ce cadre, il ne qualifie aucune situation particulière et ne constitue pas un conseil juridique.

Le deuxième rendez-vous obligatoire doit-il être annoncé à l'avance ?

C'est ce que prévoient les textes. Le seuil de 70 € qui déclenche l'information écrite préalable s'apprécie en incluant les actes à réaliser lors de consultations ultérieures qui ne peuvent pas être dissociés de l'acte initial. Un protocole présenté d'emblée en deux rendez-vous, le second servant à interpréter les résultats du premier, a donc vocation à être chiffré par écrit dès le départ.

Comment vérifier que mon praticien est bien médecin ?

L'expression « médecine fonctionnelle » n'est pas un titre protégé, seul « médecin » l'est. L'annuaire public du Conseil national de l'Ordre des médecins permet de le vérifier en deux minutes. Ce n'est pas un détail administratif : si le praticien n'est pas médecin, il n'y a ni feuille de soins, ni remboursement, ni recours ordinal possible en cas de litige.

Cet article est un article d'information. Il ne remplace pas un avis médical individuel, ne constitue pas un conseil juridique et ne préjuge d'aucune situation particulière. Il ne vise aucun praticien et ne porte aucun jugement sur une pratique individuelle. Les tarifs cités sont des ordres de grandeur relevés publiquement et varient d'un praticien à l'autre. Les montants de remboursement sont ceux en vigueur à la date de publication et peuvent évoluer. Ne modifiez ni n'interrompez jamais seul un traitement en cours, et signalez tout complément alimentaire à votre médecin et à votre pharmacien.

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