Jeûne de 72 heures : quels bienfaits sont réellement prouvés, et d'où vient ce chiffre ?
Dr HADJ MAHFOUD16 juillet 202627 min de lecture

Il est 21 h, vous en êtes à la trentième heure, et quelqu'un fait revenir de l'ail dans la cuisine. Vous tenez. Vous avez déjà fait 48 heures l'an dernier, le 16/8 est derrière vous depuis longtemps, et ce n'est pas la faim qui vous travaille en ce moment.
C'est une question.
Qu'est-ce que ces 72 heures vont vous apporter que les 48 ne vous ont pas déjà apporté ? Vous avez lu que le troisième jour changeait tout. Que le système immunitaire se reconstruisait. Que l'autophagie passait à la vitesse supérieure. Et quelque part, en fond, il y a la crainte de souffrir pour rien.
Ce texte raconte trois choses : ce que la mesure montre réellement chez l'humain à ce palier, ce qui n'a été observé que chez la souris, et d'où sort précisément ce fameux chiffre de 72. La réponse à cette dernière question va vous surprendre.
L'essentiel en 30 secondes
- Le chiffre « 72 heures » ne vient pas de la biologie. Dans l'étude de Longo qui a lancé le mythe, il désigne 48 heures avant une perfusion de chimiothérapie plus 24 heures après. C'est un calendrier d'hôpital.
- Les souris de cette étude n'ont jamais jeûné 72 heures : elles ont fait 6 cycles de 48 heures étalés sur deux mois et demi.
- La régénération du système immunitaire n'a été observée que chez la souris. Longo l'a rappelé lui-même en 2019.
- Ce qui est solide chez l'humain à 72 heures : le passage aux corps cétoniques, la baisse de la faim, et une dégradation musculaire mesurable.
- Sur la balance, l'essentiel des premiers kilos est de l'eau et du glycogène. Ce qui revient à la reprise alimentaire n'est donc pas de la graisse non plus.
Que se passe-t-il, heure par heure, pendant un jeûne de 72 heures ?
Après 72 heures sans manger, le glycogène du foie est épuisé, le corps tire l'essentiel de son énergie des graisses et des corps cétoniques, la faim s'estompe souvent, et la dégradation des protéines musculaires devient mesurable. Les bénéfices les plus célèbres attribués à ce palier, eux, ont surtout été observés chez la souris.
Dans le détail :
- 0 à 12 heures : la digestion s'achève, l'insuline redescend, le foie puise dans son glycogène.
- 12 à 24 heures : le glycogène hépatique arrive en fin de réserve, les premiers corps cétoniques apparaissent, la faim suit les horaires de vos repas habituels.
- 24 à 48 heures : le mur. La cétose s'installe, la fatigue, les maux de tête et l'irritabilité culminent. C'est le passage le plus difficile, pas le troisième jour.
- 48 à 72 heures : les cétones fournissent une part croissante du carburant du cerveau, la faim recule souvent, et la protéolyse musculaire devient mesurable.
Deux précisions valent d'être posées tout de suite.
La première : ces paliers sont des ordres de grandeur, pas des horaires. La vitesse à laquelle vous les traversez dépend de votre dernier repas, de votre activité, de votre niveau d'entraînement, de votre masse musculaire. Personne ne bascule à 12 h 00 pile.
La seconde est plus importante. Dans cette chronologie, tout n'a pas le même statut. La cétose, l'épuisement du glycogène et la protéolyse ont été mesurés chez des humains. À 72 heures, la libération nette de phénylalanine par l'avant-bras augmente d'environ 100 % (p = 0,015) et l'activité de mTOR chute de 40 à 50 %. Ce sont des chiffres, pris sur des personnes. En revanche, le reste de ce qu'on vous a raconté sur le troisième jour vient d'ailleurs, et souvent d'une autre espèce.
D'où vient vraiment le chiffre de 72 heures ?
Le chiffre de 72 heures ne vient pas d'un seuil biologique. Il vient d'un calendrier de chimiothérapie : dans l'étude qui a lancé le mythe, « 72 heures » désigne 48 heures de jeûne avant une perfusion et 24 heures après. Les souris de cette même étude jeûnaient, elles, par cycles de 48 heures.
Commençons par le plus important. Si vous avez cité Longo dans une discussion, vous n'avez pas cité n'importe quoi. L'étude de Cheng publiée en 2014 est de la vraie science, publiée dans une vraie revue, et les travaux sur les mécanismes de l'autophagie ont été distingués par le prix Nobel de médecine en 2016. Le problème n'est pas la science. Le problème est ce qu'on lui a fait dire en la résumant.
Reprenons donc l'étude, telle qu'elle est écrite.
Les souris n'ont pas jeûné 72 heures. Elles ont réalisé 6 cycles de 48 heures, espacés de 12 à 14 jours, soit environ deux mois et demi de protocole. Dans le volet consacré au vieillissement, ce sont 8 cycles, chez des souris de 18 mois. Pas une seule souris de cette étude n'a jeûné 72 heures d'affilée.
Alors d'où sort le 72 ? Du bras humain, et de lui seul. La légende de figure le définit noir sur blanc : « 24hr or 72hr (48 before and 24 hours after chemo) ». Traduction : 72 heures, c'est 48 heures de jeûne avant la perfusion, plus 24 heures après. Une chimiothérapie à base de platine. Ce chiffre est une fenêtre d'ordonnancement hospitalier, doublée d'un plafond d'escalade de dose dans un essai de phase I. Personne, nulle part, n'a mesuré que quelque chose bascule à la 72e heure.
Quant à cet essai humain, il faut le regarder pour ce qu'il était : 20 patients, âge médian 61 ans, 85 % de femmes, avec pour objectif la sécurité et la faisabilité, pas l'efficacité. Les toxicités liées au jeûne y sont restées inférieures ou égales au grade 2. Les auteurs eux-mêmes concluent : « These encouraging preliminary results will need to be expanded and confirmed in the ongoing Phase II randomized phase. » Des résultats préliminaires encourageants. C'est leur mot.
Le système immunitaire se régénère-t-il vraiment en 72 heures ?
Cette phrase a une généalogie, et elle tient en quatre temps.
Temps 1, l'étude est honnête. Cheng 2014 décrit une régénération des cellules souches hématopoïétiques chez la souris, après des cycles de 48 heures. Le mécanisme proposé : la baisse d'IGF-1, puis celle de PKA, lève un frein sur l'auto-renouvellement de ces cellules. Détail qui compte : l'effet est aboli si l'on réinjecte de l'IGF-1. Chez la souris.
Temps 2, le communiqué de presse est honnête. Celui de l'université de Californie du Sud, daté du 5 juin 2014, écrit : « In mice, fasting cycles then flipped a regenerative switch. » Le « chez la souris » y est, dès la première ligne.
Temps 3, le titre de presse dérape. Les reprises anglo-saxonnes, Telegraph et Daily Health Post en tête, transforment cela en « le jeûne régénère tout le système immunitaire ». Environ 800 000 partages. La souris a disparu du titre.
Temps 4, la France recopie. Ce titre traduit mot pour mot circule depuis douze ans sur les blogs francophones, sans que la source primaire ait été rouverte.
Le dernier mot revient à l'auteur. En 2019, Valter Longo précise lui-même : « This observation was made in mice, not in humans. In humans, we only know that fasting decreases the level of immune cells while re-feeding restores the level of immune cells. » Le verdict rendu par Science Feedback sur l'affirmation virale : Unsupported.
Ce qui a été mesuré chez l'humain se résume à des numérations sanguines périphériques. Aucune moelle osseuse humaine n'a été prélevée. Ni IGF-1 ni PKA n'ont été dosés chez l'humain dans ce travail.
Êtes-vous vraiment en autophagie à 72 heures ?
Le mécanisme existe. Il est conservé de la levure jusqu'à nous, il est réel, et ce n'est pas ce point qui pose problème.
Le problème est ailleurs : personne ne dispose d'un chronomètre de l'autophagie chez l'humain vivant. On ne la voit pas. On mesure des marqueurs indirects dans des biopsies, et on essaie d'en déduire quelque chose.
Voici la seule vraie donnée humaine à 72 heures. Huit hommes sains, 26 ± 4 ans. Le marqueur LC3B-II augmente de 30 %, ce qui va dans le sens d'une autophagie active. Mais p62 augmente aussi, de 10 %. Or p62 devrait baisser si le flux autophagique tournait à plein régime. Les deux marqueurs se contredisent.
« Due to the conflicting nature of the data used to determine autophagic flux, we are unable to associate these findings. » Les auteurs eux-mêmes, à propos de leurs résultats à 72 heures.
À 36 heures, une autre équipe trouve des résultats inverses : LC3I, LC3II et p62 tous diminués, et seulement chez des sujets non entraînés (J Appl Physiol, 2018). Le champ reconnaît d'ailleurs sa propre limite : les études humaines « have largely relied on indirect and imprecise markers ».
Conséquence pratique, et elle est directe : toute horloge qui vous annonce « autophagie à 16 heures, autophagie maximale à 24 heures » affiche une précision qui n'existe pas. Ce chiffre n'a pas été mesuré. Il a été écrit.
Quels bienfaits du jeûne de 72 heures sont réellement prouvés chez l'humain ?
La question n'est pas de savoir si ces bienfaits sont vrais ou faux. Elle est de savoir chez quelle espèce ils ont été vus.
| Bénéfice allégué | Démontré chez | Niveau de preuve chez l'humain | Ce qu'on peut honnêtement en dire |
|---|---|---|---|
| Autophagie | Levure, souris | Faible. Marqueurs indirects, 8 hommes à 72 h, résultats contradictoires (LC3B-II +30 % mais p62 +10 %) | Le mécanisme existe et est conservé chez l'humain. Aucun chronomètre ne permet de dire à quelle heure il « démarre » |
| Régénération des cellules souches du sang | Souris (6 cycles de 48 h) | Aucune. Numérations sanguines périphériques seulement, aucune moelle osseuse prélevée, IGF-1 et PKA non mesurés | « This observation was made in mice, not in humans » (Longo, 2019) |
| Longévité | Levure, souris jeunes | Aucune donnée d'espérance de vie humaine | Les résultats viennent d'animaux jeunes, dans des conditions de laboratoire. La transposition n'est pas démontrée |
| Protection des cellules saines pendant une chimiothérapie | Souris | Essai de phase I, 20 patients, objectif sécurité et faisabilité, « preliminary results » | En France, le jeûne est actuellement contre-indiqué pendant la chimiothérapie (Centre Léon Bérard, mise à jour du 29 septembre 2025) |
| Baisse de l'inflammation | Souris ; humain en observationnel | Faible. Observationnel, sur un protocole à 200-250 kcal/j, avec conflit d'intérêts déclaré | Plausible. Jamais démontré à 72 h en jeûne hydrique |
| Sensibilité à l'insuline | Mesurée. À 72 h, la réponse de mTOR à l'insuline est réduite de 40 à 50 % | Contre-intuitif : c'est une insulinorésistance physiologique transitoire qui épargne le glucose pour le cerveau. À ne pas confondre avec le bénéfice métabolique du jeûne intermittent | |
| BDNF, clarté mentale | Rongeurs | Aucune mesure directe chez l'humain à 72 h | Le vécu de clarté mentale est réel et très rapporté. Son mécanisme n'est pas établi |
Aucune ligne de ce tableau ne dit « c'est faux ». Elles disent toutes « voilà jusqu'où va la preuve ». La différence compte.
Pourquoi ce tableau, et pourquoi ici
Ce blog ne vend ni stage de jeûne, ni complément alimentaire, ni consultation. Rien de ce que vous lisez ici n'a de raison de vous pousser vers une décision plutôt qu'une autre. C'est la seule raison pour laquelle ce tableau peut comporter autant de cases « aucune donnée humaine » : nous n'avons rien à vous vendre au bout.
Deux lignes méritent un commentaire, parce qu'elles vont à l'inverse de ce qui circule.
La régénération immunitaire, d'abord. C'est la ligne la plus citée de toute la littérature grand public sur le jeûne, et c'est la seule du tableau où la colonne « niveau de preuve chez l'humain » est vide. Pas faible : vide.
La sensibilité à l'insuline, ensuite. On vous a probablement vendu le jeûne prolongé comme un moyen de l'améliorer. Or à 72 heures, la réponse de mTOR à l'insuline est significativement réduite. Ce n'est pas un dysfonctionnement, c'est une insulinorésistance physiologique transitoire : le corps refuse le glucose aux muscles pour le garder au cerveau. C'est intelligent, c'est normal, et c'est temporaire. Mais ce n'est pas le bénéfice métabolique que vous cherchiez, lequel relève du jeûne intermittent et repose, lui, sur des données humaines.
Un mot sur la clinique Buchinger, dont l'étude sur 1 422 personnes revient partout comme preuve de sécurité. Elle est utile, à condition de la citer avec ses quatre nuances : le protocole apporte 200 à 250 kcal et 25 à 35 g de glucides par jour, ce n'est donc pas un jeûne hydrique ; l'étude est observationnelle ; elle a été réalisée et saisie par la clinique qui vend les séjours, avec conflit d'intérêts déclaré ; et elle porte sur des jeûnes de 4 à 21 jours, pas sur 72 heures.
Pourquoi le deuxième jour est-il le plus dur ?
Vous vous êtes peut-être demandé, vers l'heure 36 : pourquoi suis-je aussi épuisé après seulement trois petits jours ?
Retirez le « seulement ». Ce n'est pas un manque de volonté, et la culpabilité qui accompagne cette question n'a pas lieu d'être. Le mur du jour 2 est l'expérience la plus universellement rapportée du jeûne prolongé.
Beaucoup l'appellent la « crise d'acidose ». Le mot circule dans tous les groupes de jeûneurs, et il mérite une précision, pas une correction hautaine.
Votre pH sanguin reste régulé. Ce qui monte, ce sont les cétones urinaires, et c'est de là que le nom est resté.
Le jeûne n'est qu'une cause mineure d'acidocétose, et cela n'a rien à voir avec l'acidocétose diabétique, qui est une urgence médicale. Le mot est impropre. Le malaise, lui, est parfaitement réel.
Reste à savoir d'où il vient. Plusieurs explications sont plausibles : la déshydratation, les pertes de sodium, le sevrage de la caféine, l'adaptation métabolique elle-même. Chacune est défendable. Aucune source ne les hiérarchise pour un jeûne de 72 heures. Nous ne trancherons donc pas, et il vaut mieux le dire que de vous servir une explication qui aurait l'air d'en être une.
Pourquoi la faim disparaît-elle au troisième jour ?
« À 48 h, étonnamment je n'avais pas très faim. » Vous l'avez lu, ou vous allez le vivre.
L'explication que l'on vous a servie est probablement que la ghréline, l'hormone de la faim, s'effondre. Ce n'est pas ce qui a été mesuré.
La ghréline est pulsatile. Environ 8 pics par tranche de 24 heures, avec un profil circadien qui, en jeûne, se maintient. Les pics tombent aux heures de vos repas habituels (Natalucci, Eur J Endocrinol, 2005, sur 6 sujets seulement : l'effectif est petit, autant le signaler). En jeûne prolongé, le taux global ne varie pas significativement. Ce qui disparaît, ce sont les variations liées aux repas.
D'où une hypothèse, présentée comme telle : la faim des deux premiers jours serait en bonne part une faim d'horloge. Vous aviez faim à 12 h 30 parce qu'il était 12 h 30. Faute de repas pour l'entretenir, cette horloge finit par se taire.
Les corps cétoniques comme coupe-faim ? C'est plausible. Ce n'est pas démontré chez l'humain.
Combien de kilos perd-on en 72 heures, et est-ce de la graisse ?
La balance va vous mentir, et il vaut mieux le savoir avant de monter dessus.
Chaque gramme de glycogène est stocké avec environ 3 grammes d'eau. Vos réserves tournent autour de 500 g, ce qui représente environ 1,5 kg d'eau associée qui part avec. Kreitzman l'a documenté en 1992, dans un article dont le titre dit déjà tout : « illusions of easy weight loss, excessive weight regain, and distortions in estimates of body composition ». Environ 70 % de la perte des premiers jours est de l'eau et du glycogène.
Et la graisse, alors ? On peut en poser un ordre de grandeur, à condition d'être clair sur ce que c'est : un calcul, pas une mesure. Un déficit d'environ 2 000 kcal par jour, divisé par environ 7 700 kcal par kilo de tissu adipeux, donne autour de 260 g par jour. C'est de l'arithmétique. Personne n'a pesé votre graisse.
Face au « 1 kg par jour » qu'affichent la plupart des articles, le seul chiffre observé en clinique est plus modeste : de 3,2 kg sur 5 jours à 8,6 kg sur 20 jours, soit 0,43 à 0,64 kg par jour (et sur ce protocole à 200-250 kcal par jour, donc pas un jeûne hydrique).
D'où deux phrases qu'il faut lire ensemble.
Reprendre 2 à 3 kg à la réalimentation n'est pas un échec : c'est du glycogène qui se recharge, avec son eau.
Corollaire : la chute de 1 kg par jour des premiers jours n'était pas de la graisse non plus.
Va-t-on perdre du muscle pendant un jeûne de 72 heures ?
Oui. Et c'est mesuré, pas supposé.
À 72 heures, la libération nette de phénylalanine par l'avant-bras augmente d'environ 100 % (p = 0,015), signe d'une protéolyse accélérée. Dans le même temps, mTOR (Ser2448) baisse de 40 à 50 %, et sa réponse à l'insuline est significativement réduite après le jeûne.
Traduction : la démolition accélère pendant que la reconstruction est mise en veille. Ce n'est pas un accident, c'est un arbitrage physiologique normal en situation de pénurie.
Ce qu'on ne sait pas, et qu'il serait malhonnête de vous cacher : il n'existe aucune donnée humaine sur la cinétique de récupération. On ne peut ni affirmer que le muscle revient tout seul, ni affirmer qu'il ne revient pas. Personne ne l'a suivi.
Ce qu'on peut avancer, en inférence mécanistique et en le déclarant comme telle : puisque la synthèse est freinée et la sensibilité de mTOR à l'insuline réduite à 72 heures, la reconstruction demandera probablement un apport et un stimulus, pas seulement du temps. Autrement dit, les apports en protéines qui protègent la masse musculaire et une sollicitation mécanique comptent davantage après le jeûne que pendant.
Qu'est-ce que 72 heures apportent de plus que 24 ou 48 heures ?
C'est la vraie question, et la réponse honnête tient en une phrase : beaucoup moins qu'on ne vous l'a dit, et pas là où vous le croyez.
| 24 heures | 48 heures | 72 heures | 7 jours | |
|---|---|---|---|---|
| Glycogène hépatique | Fortement entamé | Quasi épuisé | Épuisé | Épuisé |
| Corps cétoniques | Premiers signes | Cétose installée | Part croissante du carburant cérébral | Cétose profonde |
| Faim | Marquée, aux heures des repas | Souvent le pic de difficulté | Souvent en baisse | Généralement faible |
| Perte de poids | Majoritairement eau et glycogène | Majoritairement eau et glycogène | Environ 70 % eau et glycogène sur la période | 0,43 à 0,64 kg par jour observés en clinique, protocole à 200-250 kcal/j |
| Protéolyse musculaire | Aucune donnée humaine à ce palier | Aucune donnée humaine à ce palier | Mesurée : phénylalanine +~100 %, mTOR -40 à -50 % | Aucune donnée humaine en jeûne hydrique |
| Régénération immunitaire | Aucune donnée humaine | Aucune donnée humaine (les souris, elles, faisaient des cycles de 48 h) | Aucune donnée humaine | Aucune donnée humaine |
| Autophagie | Marqueurs indirects, contradictoires | Aucune donnée humaine à ce palier | Marqueurs indirects, contradictoires | Aucune donnée humaine |
| Risque principal | Faible chez un sujet sain | Hypotension, déshydratation | Hypotension, déshydratation, pertes d'électrolytes | Syndrome de renutrition à la reprise |
Lisez la colonne des 72 heures de haut en bas. Ce qui change vraiment par rapport à 48 heures est documenté sur deux lignes : la protéolyse et la faim. Pas sur l'immunité. Pas sur la longévité.
Peut-on travailler, conduire et s'entraîner pendant trois jours de jeûne ?
Aucune étude ne mesure la conduite automobile pendant un jeûne de 72 heures. Ce qui suit relève donc de la prudence par défaut, pas de l'interdiction.
- Conduire. La vigilance baisse, la tension aussi, surtout au deuxième jour. Un long trajet le jour 2 est un mauvais pari.
- Travailler. Le travail de bureau passe généralement. Les tâches à risque, travail en hauteur, machines, conduite professionnelle, ne se négocient pas avec une hypotension.
- S'entraîner. L'entraînement de force à 72 heures tombe au pire moment, celui où la synthèse protéique est freinée. La marche et la mobilité, en revanche, restent accessibles.
Reste la question de l'eau seule ou des électrolytes. Un jeûne hydrique strict fait perdre du sodium en même temps que de l'eau, et c'est le mécanisme le plus plausible derrière les vertiges au lever. Le bouillon et l'eau minéralisée sont ce que la pratique utilise. Mais aucun essai ne fixe de dose pour 72 heures, et les protocoles précis que vous trouverez en ligne sont des habitudes, pas des données.
Après 50 ou 60 ans, l'équation est-elle la même ?
Non. Et si le jeûne prolongé vous attire après 50 ans, voici les paramètres que les guides généralistes ne prennent pas en compte. Ce n'est pas une interdiction. C'est une autre équation.
La sarcopénie est déjà en cours. La masse musculaire décline de 3 à 8 % par décennie dès la trentaine, avec une accélération à partir de 50 ans. La sarcopénie touche 15 % des personnes de plus de 45 ans, et 20 à 35 % des plus de 75 ans (INRAE). Vous ne partez pas du même capital qu'à 30 ans, et la protéolyse mesurée à 72 heures s'applique à ce capital-là.
La résistance anabolique change le coût de la reconstruction. L'INRAE le formule ainsi : « Après la prise alimentaire, on a normalement une période de stimulation de la synthèse protéique musculaire. À consommation alimentaire équivalente ce phénomène devient moins efficace en vieillissant. » Reconstruire après le jeûne coûte donc plus cher, à repas identique. C'est ce qui justifie un apport de 1 à 1,2 g de protéines par kg et par jour chez le senior, contre 0,8 g chez l'adulte actif.
Le contexte de départ n'est pas neutre. La dénutrition concerne plus de 3 % de la population française, 20 à 40 % des patients hospitalisés, 400 000 personnes âgées à domicile et 270 000 en EHPAD (HAS, 2021). Un jeûne prolongé sur un terrain déjà limite n'est pas la même opération que sur un trentenaire en pleine forme.
À cela s'ajoute une inversion qu'il faut regarder en face : les bénéfices de longévité observés viennent d'animaux jeunes, en laboratoire. À 65 ou 70 ans, le rapport entre le bénéfice espéré et le risque réel bascule. Pas au point de l'interdire. Au point de le poser avec son médecin.
Et il y a le quatrième paramètre, le plus concret de tous : ce qu'il y a sur votre ordonnance.
| Classe de médicament | Risque pendant un jeûne prolongé | À discuter avec le médecin |
|---|---|---|
| Insuline, sulfamides hypoglycémiants | Hypoglycémie, possiblement sévère | Toute adaptation de dose. Un jeûne prolongé sous ces traitements ne s'improvise pas |
| Diurétiques | Déshydratation, hypotension, hyponatrémie, pertes de potassium | L'association avec un apport nul et des pertes de sodium |
| IEC et sartans | Hypotension, insuffisance rénale fonctionnelle | Le risque monte quand diurétique et IEC sont associés |
| Metformine | Troubles digestifs, situations à risque en cas de déshydratation | La conduite à tenir en cas de jeûne ou de vomissements |
| AVK et anticoagulants oraux directs | Modification de l'équilibre par le changement d'apports (vitamine K pour les AVK) | La surveillance biologique pendant et après |
| Lithium | Variations de la concentration sanguine avec la déshydratation et le sodium | Toute période de restriction hydrique ou sodée |
Les deux premières lignes de traitement de l'hypertension, diurétiques et IEC, méritent une attention particulière : leur association avec un apport nul cumule trois mécanismes d'hypotension. Si vous suivez déjà votre tension, vous avez les outils pour objectiver ce qui se passe pendant ces trois jours plutôt que de le deviner.
Ce tableau n'est pas une liste de contre-indications. C'est une liste de conversations à avoir. Et la règle qui vaut ici comme ailleurs : ne jamais modifier seul un traitement en cours, y compris « juste le temps du jeûne ».
Que disent les autorités françaises sur le jeûne ?
En 2014, la Direction générale de la santé a commandé un rapport à l'Inserm. Ses chiffres racontent l'histoire à eux seuls : 348 résultats trouvés dans Medline, 24 études retenues pour l'analyse, 4 essais randomisés, 1 seule étude correctement menée. Il s'agissait d'un travail de 1991 sur la polyarthrite rhumatoïde, 53 patients, jamais répliqué depuis.
Le rapport contient deux phrases. La première : « aucune donnée clinique reposant sur des essais méthodologiques rigoureux ne peut étayer aujourd'hui le bien-fondé de cette piste ». La seconde : « la pratique du jeûne encadré médicalement semble globalement peu dangereuse, des risques réels existent ».
Ce n'est pas « c'est dangereux ». C'est « on ne sait pas si ça sert, et ce n'est probablement pas très risqué quand c'est encadré ». Ces deux phrases sont dans le même rapport, et il faut les lire toutes les deux.
En 2017, le réseau NACRe et l'INCa ont analysé plus de 500 articles pour aboutir à une position plus tranchée : « il n'est pas recommandé de pratiquer le jeûne ou un régime restrictif en cas de cancer : ni pour prévenir un cancer, ni pendant la prise en charge. » Les essais existants sont écartés pour des « effectifs trop réduits (quelques dizaines de patients) ». Les risques identifiés : dénutrition et sarcopénie.
La donnée française la plus récente vient du Centre Léon Bérard, via Cancer-Environnement, mise à jour le 29 septembre 2025 : « En France, le jeûne est actuellement contre-indiqué pendant la chimiothérapie. »
Ce qui donne ce constat, à prendre pour ce qu'il est : l'étude qui a fait naître le chiffre de 72 heures portait sur le jeûne autour d'une chimiothérapie, c'est-à-dire sur la seule situation où les autorités françaises disent formellement non, hors essai clinique.
Quand faut-il arrêter un jeûne de 72 heures ?
Personne ne vous donnera de liste officielle de signaux d'arrêt, pour une raison simple : aucune autorité n'encadre ce que vous faites. Aucune société savante ne recommande le jeûne de 72 heures chez un sujet sain, donc aucune n'a écrit sa notice de sécurité. Ce qui suit n'est pas une recommandation. C'est ce que la physiologie et les rares cas rapportés suggèrent.
Sur quoi s'appuie-t-on ? Sur peu de choses, et il faut le dire. La série de la clinique Buchinger rapporte 2 hospitalisations : un infarctus du myocarde chez un homme de 75 ans au neuvième jour, des vomissements et vertiges chez un homme de 67 ans au quatrième. S'y ajoutent le syndrome de renutrition à la reprise (hypophosphatémie, hypokaliémie, hypomagnésémie, déficit en thiamine), dont le risque concerne surtout les jeûnes de plus de 5 jours ou les personnes déjà dénutries, et les classiques hypotension et déshydratation.
Les situations qui doivent faire arrêter, comme faisceau de bon sens physiologique :
- Un malaise ou une perte de connaissance.
- Une douleur thoracique.
- Des vomissements répétés qui vous empêchent de boire.
- Une confusion, une désorientation.
- Des palpitations.
- Des vertiges qui persistent en position assise, et pas seulement au lever.
- L'incapacité à boire.
Un dernier point, et il compte plus qu'il n'en a l'air : arrêter n'est pas un échec. Vous n'avez rien perdu de ce que vous avez fait. Et arrêter en mangeant doucement, en petites quantités, reste la bonne façon d'arrêter, quel que soit le moment où vous décidez de le faire.
Quelles questions poser à votre médecin ?
Ces questions sont faites pour être lues à voix haute. Votre médecin connaît votre dossier, vos traitements et vos antécédents : il dispose d'informations que cet article n'aura jamais.
- « J'envisage un jeûne de trois jours. Mon bilan actuel présente-t-il quelque chose qui rende ça déconseillé pour moi ? »
- « Parmi mes traitements, y en a-t-il qui doivent être discutés en cas de jeûne prolongé ? »
- « Ma tension et ma fonction rénale permettent-elles trois jours sans apport ? »
- « Si j'ai des vertiges au lever, à partir de quel moment est-ce que je dois arrêter ? »
- « Après 50 ans, quel apport en protéines dois-je viser pour ne pas y laisser du muscle ? »
Parlez-en avec votre médecin.
Questions fréquentes sur le jeûne de 72 heures
Le jeûne de 72 heures régénère-t-il le système immunitaire ?
Cette phrase vient d'un titre de presse de 2014, pas de l'étude qu'il résumait. La régénération des cellules souches du sang a été observée chez la souris, avec des cycles de 48 heures. Chez l'humain, seules des numérations sanguines ont été mesurées. Valter Longo, l'auteur de l'étude, l'a rappelé lui-même en 2019.
Combien de kilos perd-on avec un jeûne de 72 heures ?
Environ 70 % de la perte des premiers jours est de l'eau et du glycogène, chaque gramme de glycogène étant stocké avec environ 3 grammes d'eau. En clinique, sur des protocoles de 5 à 20 jours et à 200-250 kcal par jour, les pertes observées vont de 0,43 à 0,64 kg par jour, pas 1 kg.
Faut-il boire uniquement de l'eau, ou ajouter des électrolytes ?
Un jeûne strictement hydrique fait perdre de l'eau et du sodium, ce qui est le mécanisme le plus plausible derrière les vertiges au lever. Eau minéralisée et bouillon sont ce que la pratique utilise. Aucun essai ne fixe une dose pour 72 heures, et il faut le savoir avant de recopier un protocole trouvé en ligne.
Comment reprendre l'alimentation après 72 heures ?
Doucement, en petites quantités, en réintroduisant progressivement. Le risque théorique le plus documenté à la reprise est le syndrome de renutrition, mais il concerne surtout les jeûnes de plus de 5 jours ou les personnes déjà dénutries. Si vous reprenez 2 à 3 kg dans les jours qui suivent, ce n'est pas de la graisse : c'est du glycogène qui se recharge avec son eau.
La « crise d'acidose » du deuxième jour, c'est grave ?
Le mot est impropre, mais le malaise est réel. Votre pH sanguin reste régulé. Ce qui monte, ce sont les cétones urinaires, d'où le nom qui est resté dans le vocabulaire du jeûne. Cela n'a rien à voir avec l'acidocétose diabétique, qui est une urgence médicale.
Peut-on jeûner pendant une chimiothérapie ?
Non, pas en France. Le jeûne y est actuellement contre-indiqué pendant la chimiothérapie, et il n'est pas recommandé non plus pour prévenir un cancer ou pendant sa prise en charge. C'est d'autant plus notable que l'étude à l'origine du chiffre de 72 heures portait précisément sur ce contexte.
Suis-je vraiment en autophagie à 72 heures ?
Le mécanisme existe et il est conservé chez l'humain. Mais personne ne dispose d'un chronomètre de l'autophagie chez l'humain vivant : on mesure des marqueurs indirects, et à 72 heures ils se contredisent. Toute horloge qui annonce « autophagie à 16 heures » affiche une précision qui n'existe pas.
Cet article est un article d'information. Il ne remplace pas un avis médical individuel et ne constitue pas une recommandation de pratiquer un jeûne prolongé. Aucune autorité de santé française ne recommande le jeûne de 72 heures. Si vous suivez un traitement, si vous êtes enceinte, si vous avez un diabète, un antécédent de trouble du comportement alimentaire, une maladie rénale, hépatique ou cardiaque, parlez-en avec votre médecin avant toute décision.